ÉPILOGUE
J’emporte le corps de Seymour dans un coin de montagne où j’allais souvent me promener quand je vivais à Los Angeles. Au bord d’une falaise dominant le désert d’un côté, et la ville de l’autre, je construis un bûcher funéraire à l’aide de tout le bois sec que je peux rassembler, et je place la dépouille de Seymour au sommet, confortablement installée. Sur la plage, j’ai retiré le pieu ensanglanté, si bien que Seymour est à présent allongé sur le dos, les mains jointes sur la poitrine.
— Seymour, dis-je. Mon meilleur ami.
Je tiens une allumette entre mes doigts, mais je ne me décide pas à l’enflammer. Les traits de Seymour sont si paisibles que je n’arrive pas à détacher mon regard de son visage. Mais le temps passe, et le vent va bientôt se lever. Il faudrait que le feu puisse accomplir sa tâche le plus rapidement possible. Seymour a toujours aimé la montagne, et je suis sûre qu’il n’apprécierait guère de voir la forêt ravagée par un incendie. Il aimait tant de choses… Je suis heureuse d’avoir été son amie.
Je frotte l’allumette sur le tronc de l’arbre le plus proche.
Elle s’enflamme, et je ne peux m’empêcher de penser à Kali.
Les idées se télescopent dans mon esprit.
Tellement de questions, et si peu de réponses.
L’allumette enflammée me brûle le bout des doigts.
Une petite douleur, un peu de fumée, puis l’allumette s’éteint.
Et je sors de ma poche le flacon contenant le sang.
Numéro 7. Ramirez. Je lève la tête pour regarder le ciel.
— Quel sera le prix à payer, Kalika ? dis-je en m’adressant aux nuages.
Après avoir dévissé le capuchon, je décide de verser la moitié du flacon sur la blessure de Seymour, et l’autre moitié dans sa bouche. Puis je ferme les yeux un instant, avant de m’éloigner un peu, restant silencieusement à l’abri d’un grand arbre pendant cinq minutes. Il est préférable de ne pas chercher à élucider certains mystères. Je n’ai pas perdu tout espoir : j’ai trouvé l’amour, je l’ai perdu, mais ce que j’ai enfin redécouvert, c’est la foi que je place en lui. Je commence à prier – sans implorer Dieu d’accomplir un miracle. Je prie, et c’est suffisant.
Je me décide enfin à retourner auprès du bûcher.
Assis au sommet, Seymour me regarde approcher. La blessure fatale est enfin guérie !
— Comment sommes-nous montés jusqu’ici ? me demande-t-il.
Évidemment, j’éclate de rire.
— C’est une très longue histoire…
D’ailleurs, je me demande comment elle finit, cette histoire.
Je ne sais toujours pas qui est l’enfant de Paula.
Pire, je me demande encore qui il était.
Fin du Tome 4